Faire mieux entre les voix de la démocratie.

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« Voix et voies de l'appropriation démocratique par les citoyens au Gabon »

Engagés depuis la fin des années 90 dans des processus de démocratisation, les pays africains ont redécouvert des pratiques démocratiques et particulièrement l'expression de la citoyenneté d'un plus grand nombre.

Or si l'analyse politique s'est focalisée pendant longtemps sur les processus électoraux, elle a négligé fondamentalement, faute de perspective ou de renouvellement théorique, les changements qui s'opéraient dans ces pays dits de démocratisation tardive.

En effet, en focalisant l'attention sur l'organisation des élections pour en faire une véritable industrie, par le biais de l'observation électorale ou encore par des tentatives d'exportation de modèle de gestion des processus électoraux loin parfois des réalités de plusieurs pays africains, les politistes ont analysé la problématique de la démocratie sur un angle essentiellement institutionnel. Cette perspective, il faut toutefois le souligner laisse de côté toutes les transformations possibles ou en cours dans les systèmes politiques africains.

Aussi, dans le cadre de la célébration de la 6e édition de la Journée Internationale de la démocratie dont le thème est « Faire mieux entendre les voix de la démocratie », la présente communication a pour ambition de s'interroger sur les VOIX et VOIES de la démocratie. Il s'agit particulièrement de questionner le cheminement des processus démocratiques en cours pour mieux comprendre les différentes matrices du possible des voies empruntées par nos démocraties pour mieux rendre compte des voix de la démocratie, c'est-à-dire de l'expression ou de la participation des citoyens à la vie politique.

En d'autres termes, comment analyser les transformations en cours dans les systèmes politiques africains et gabonais en particulier ? Peut-on déceler des lieux d'expression de la citoyenneté ? Quels sont les mécanismes mis en oeuvre pour favoriser l'intégration des citoyens au processus de construction/consolidation de la démocratie actuelle ?

Comme on peut aisément le voir, nos interrogations ne portent pas directement sur celles qui ont été annoncées par l'Union Interparlementaire, mais le détour que nous effectuons, en partant d'un questionnement nouveau nous permettra de voir et de comprendre que la construction des processus en cours contribuent ou participent in fine, à « faire mieux entendre les voix de la démocratie ».

Cette communication s'articulera autour de l'analyse de deux axes majeurs : d'une part les pratiques de sociabilité dans leur contribution à l'appropriation démocratique, et d'autre part, le questionnement sur les élections comme voix et voies à l'intégration des citoyens dans les systèmes démocratiques.


I/ Des pratiques de sociabilité à l'appropriation démocratique

Avec les processus de démocratisation initiés en Afrique, il faut relever un ensemble de nouvelles pratiques civiques auxquelles prennent par les citoyens. Ces pratiques doivent être considérées comme des incitatifs à la mobilisation/participation des citoyens à la vie politique. Elles sont issues à la fois des activités sociales et des réseaux de relations interpersonnelles. On peut penser à juste titre que les relations politiques se sont modelées à partir des usages sociaux de certaines formes de la vie quotidienne.

Le don : une pratique sociale investie d'une fonction politique

A la faveur des processus de démocratisation, les acteurs politiques initient et imitent un ensemble de pratiques pour solliciter le soutien des populations. Parmi ces pratiques, il faut citer le don, dont la fonction sociale est réinvestie politiquement dans le but de fidéliser les électorats et légitimer l'action de représentation.

Le don constitue une ressource politique non négligeable dans la conquête des soutiens politiques. Trouvant par ce moyen le meilleur encadrement de l'électorat et la réponse au contrat tacite passé entre le couple électeurs/élus, l'ancien député indépendant Grégoire MINTSA-MI-NANG justifie l'importance de cette pratique pour les élus : « tout député qui voudrait faire carrière n'a pas d'alternative sur la question ». Dans plusieurs cas, cette pratique est même justifiée par les élus pour expliquer le mutisme observé envers leurs électeurs afin de ne pas se présenter « les mains vides » ou pour légitimer leurs actions : « l'Etat fait des efforts qui doivent être appuyés par les uns et les autres » dira le député de Fougamou. Elle rappelle aussi l'intérêt qu'ont les élus à résoudre le quotidien des citoyens : « ces bienfaits qui vous sont destinés, devrait indiquer le directeur de cabinet du vice-président de la République, à l'adresse des populations, illustrent la volonté de M. DIVUNGUI, de répondre autant que possible aux attentes des populations ».

La diversité des dons offerts souligne bien le caractère stratégique de leur action. Ainsi, on peut relever les dons qui visent une clientèle particulière... Dans cette perspective, aucune composante de la population n'est oubliée ou favorisée au profit d'une autre. Pour les jeunes, ce sont les fournitures scolaires, les tables bancs et les équipements sportifs. Quant aux femmes, elles recevront généralement de la literie, des machines à coudre et des objets de ménage. Pour les dons servant à améliorer les conditions de l'ensemble de la communauté, on notera les produits pharmaceutiques, le matériel didactique et audio-visuel, du matériel de briqueterie pour résorber des problèmes liés au chômage, des tronçonneuses, des aides financières et des groupes électrogènes.

En fait, « l'exercice de la représentation implique ainsi d'être en relation permanente avec des groupes d'acteurs porteurs d'exigences et de demandes diverses, tant à l'intérieur du groupe représenté qu'à l'extérieur du groupe ».

La pratique du don ne relève pas uniquement des périodes postélectorales. Pour les candidats les plus fortunés, elle peut faire la différence, car elle donne le droit d'être écouté ou entendu par les électeurs. En fait, par cette pratique, le donneur est contraint d'accepter et reconnaitre l'acte qui le différencie des autres candidats.

Souvent organisée par les acteurs, l'activité du don est de plus en plus sollicitée par les électeurs eux-mêmes. Pour certains, c'est même l'occasion de « se faire de l'argent » ou de « réparer son toit pour parer à la saison des pluies ».

Le don comme pratique sociale est ainsi réinvesti d'une fonction politique : fidéliser les électorats et légitimer l'action de représentation. Son investissement par la classe politique constitue une opportunité d'être en relation étroite et d'échanger avec les citoyens.

Au-delà de son aspect qui vise davantage à capter un électorat, le don contribue à l'encadrement des citoyens et à les rendre mobilisés. Aussi, même si on peut noter un mélange ou une confusion de pratiques sociale et politique, il faut souligner que le don a une importance, car il peut éveiller chez les citoyens un intérêt non seulement à prendre part aux élections, mais également constituer un moment de communion avec les acteurs politiques.


Les danses : du rôle social à l'usage politique

Dans les collectivités africaines, la danse constitue des moments d'effervescence qui se rattachent à tous les aspects de la vie sociale. Elle est utilisée pour manifester et exprimer la joie d'une naissance, un mariage, célébrer un deuil ou pour participer à l'expression d'un rite religieux.

La danse investit ainsi tous les passages d'un individu de sa naissance à son décès. Dans les multiples fonctions qu'elle assume dans les sociétés africaine et gabonaise particulièrement, la danse permet de regrouper en u  seul lieu plusieurs personnes et participer ainsi à leur socialisation.

La danse remplit donc une fonction socialisante des danses dans les communautés gabonaises et d'autre part, elle suggère que les lieux de sa manifestation sont des occasions ou des groupes peuvent partager un ensemble de valeurs et de représentations communes. Les danses constituent non seulement un vecteur d'apprentissage, mais elles sont aussi une forme d'incitatif à la mobilisation sociale.

Dans le cas des processus de démocratisation en cours, nous observons que les acteurs politiques greffent des pratiques nouvelles de légitimation sur les rites anciens. Lors des campagnes électorales ou des tournées politiques qui nous sont relatées par les médiats, il ressort même  que dans certaines communautés, les danses ont été investies d'un aspect religieux ou mystique. Au cours de celles-ci, plusieurs acteurs politiques, dans le cadre des contacts qu'ils entretiennent avec les populations, se voient souvent remettre les attributs de chefs et les artifices qui ordonnent à l'exercice du commandement par les notables et leurs localités. Ces actes symboliques et anodins pour le commun des profanes des communautés africaines soulignent les liens et la reconnaissance que les populations veulent entretenir avec leur représentant. Par ce signe, ils se dessinent non seulement des soutiens collectifs et religieux, mais un incitatif visant à apporter leur soutien à celui qui a bénéficié d'une investiture solennelle et mystique. On peut voir par là que les communautés rurales ont « réussi à adapter, à médiatiser ces mécanismes (ceux de la vie politique et économique moderne) afin de les rendre compatibles avec son mode traditionnel d'organisation communautaire ».

Considérées comme un moyen d'attachement et de reconnaissance entre des personnes appartenant au même groupe, les danses deviennent non seulement des mécanismes de mobilisation mais un moyen de politisation, car elles participent à l'entretien des attachements politiques et partisans. A cet effet, les entreprises politiques nées à la faveur du processus de démocratisation ont vu tout le parti qu'elles pouvaient tirer de ces formes « d'organisations politiques » pour inciter les populations à assister nombreuses aux manifestations de démonstrations politiques. En tant que formes d'incitation à la présence d'activités politiques des citoyens, les danses sont des cadres cérémoniels de production d'image et de manipulation du discours démocratique. Les slogans, les multiples messages véhiculés par la dramaturgie qu'elles mettent en scène participent à l'entretien les représentations collectives. D'ailleurs son potentiel de mobilisation politique et la charge symbolique à laquelle elles peuvent renvoyer dans l'imaginaire social et les cercles identitaires n'échappent pas aux acteurs politiques, car ils savent tout le profil qu'ils peuvent en retirer.

Tout à la fois modernes et traditionnelles comme un moyen de mobilisation, les opérations de retraduction de la communication politique entre les citoyens et les acteurs politiques, par le biais de la danse, du folklore, en d'autres termes de la culture et de la pratique proches de la vie quotidienne des populations, soulignent la gamme diversifiée des processus de politisation et de réappropriation pour la maitrise du jeu politique.

Le fait d'investir les danses d'une dimension politique et incitative peut favoriser l'enracinement des pratiques démocratiques sans les représentations collectives. Les danses permettent, d'une part, de transmettre le vocabulaire politique et d'ordonner une grammaire de ses représentations et d'autre part, elles contribuent à une domestication des pratiques citoyennes afin de les livrer aux sollicitations des entrepreneurs électoraux. C'est une forme « d'orthopédie  sociale », pour reprendre l'expression de Garrigou, qui concourt à un apprentissage partiel des mécanismes démocratiques, ce qui fait que l'espace politique tout en s'inscrivant dans le tissu social des citoyens vient nourrir le sens de leur engagement politique.
A l'image des travaux d'E. Weber, on peut donc parler d'une politisation par imprégnation. L'ensemble des moments d'effervescence collective que donnent à voir les danses pendant les périodes électorales offrent l'occasion d'un « patronage démocratique » des citoyens. Ils facilitent ou renforcent l'intégration des citoyens dans le jeu politique et constituent, en ce sens, un mécanisme de développement d'un intérêt pour la chose politique. Non seulement les danses et les rites traditionnels qui les entourent aident à transmettre les choix d'un acte politique auprès d'une catégorie de citoyens, amis il faut surtout retenir qu'ils constituent également un moment privilégié de la politisation, ce qui montre que les sociétés traditionnels investissent dans leurs cultures des éléments modernes qui ne dénaturent p    as le caractère originale de celle-ci. Une telle reformulation des pratiques sociales nous permet de saisir les inventions multiples et quotidiennes des acteurs dans leur contribution au développement d'une forme d'incitatif électoral.
Les développements ci-dessus montrent l'intérêt que les populations peuvent avoir pour la chose politique et illustrent les divers tâtonnements et les adaptations auxquelles les communautés parviennent. Comme le souligne Yves Deloye, dans le cas des campagnes françaises sous la deuxième république, « c'est la capacité à user d'un répertoire d'actions emprunté à la culture populaire et l'aptitude à le transformer en politisant qui définissent ici les conditions de la réussite de l'entreprise de politisation.

L'exemple de la danse souligne toute l'importance qu'on doit accorder aux mécanismes locaux d'appropriation du politique dans les contextes de démocratisation comme forme d'incitation à la mobilisation, mais également comme mécanise d'exposition progressive aux pratiques démocratiques. C'est dans cette perspective également que peuvent se lire les relations interpersonnelles.
Un nouveau visage des relations interpersonnelles

Dans le contexte des élections post autoritaires, il est important pour les acteurs politiques d'élargir leurs soutiens électoraux à celui du soutien affectif ou naturel afin de mobiliser le plus grand nombre de citoyens pendant le vote. L'importance des réseaux sociaux montre que les relations politiques sont basées avant tout sur les rapports d'amitié, de parenté et d'alliances familiales. Ces dernières sont des arguments instrumentaux utilisés au service de stratégies d'acteurs. Dans cette perspective, les relations interpersonnelles constituent un facteur ou un incitatif de la mobilisation électorale.

En fournissant des critères d'identification pour les citoyens, les réseaux sur lesquels se fondent les acteurs politiques pour le courtage des soutiens sont au centre de la mobilisation politique. D'ailleurs, comme le soulignent plusieurs enquêtes que nous avons menées sur le terrain, les motivations des relations interpersonnelles sont redéfinies en fonction des enjeux du moment et des nouvelles formes de concurrence entre les entreprises politiques.

Dans cette perspective, l'interconnaissance entre les électeurs et les acteurs politiques constitue un préalable à l'engagement politique. Bien avant de faire campagne, les candidats ont des interactions avec les citoyens, qu'ils soient amis, parents ou voisins. Autrement dit, l'amitié, les réseaux locaux (familiaux ou de parenté, etc.) et le voisinage ayant un degré de réalité propre aux individus, ils constituent d'abord un incitatif majeur pour déplacer les électeurs vers les urnes et, ensuite, deviennent un facteur important en matière de politisation de relations sociales.

Ainsi, le processus de politisation, opéré par la transformation des relations interpersonnelles en relation politique pour justifier et exprimer des attachements partisans, conduit progressivement les citoyens à une exposition aux pratiques nouvelles nées avec les élections post autoritaires. C'est d'ailleurs cette exposition qui peut entrainer des transformations dans les comportements citoyens. Or, les candidats, surtout comme les élus et encore moins les acteurs politiques, sont des voisins et/ou des parents. Ils évoluent dans un cadre défini, d'une part, spatialement et politiquement, et d'autre part, structuré par les interactions sociales qui peuvent avoir des conséquences sur le comportement politique.

Lorsque les liens affectifs et les réseaux sociaux sont suffisamment fort ou bien développés, les citoyens peuvent s'engager et les conséquences de leur engagement peuvent se mesurer au niveau des pratiques citoyennes. Grace à l'usage qu'n font les acteurs politiques, les relations interpersonnelles deviennent ainsi des cadres de socialisation dans lesquels les individus s'exposent progressivement à leur rôle de citoyen en tenant compte des évolutions et des adaptations des institutions spécifiquement politiques. Nous ne voulons pas dire par là que les relations interpersonnelles sont le facteur dominant de l'apprentissage démocratique, mais qu'elles constituent un incitatif majeur, un mécanisme par lequel s'instaure la politisation et un apprentissage différentiel à l'expression de la citoyenneté.


II/ Des élections comme site d'analyse de voix et voies à la participation de la vie politique

Les élections constituent un site privilégié de l'analyse politique et particulièrement de l'expression citoyenne, c'est-à-dire de la participation des citoyens à la vie politique. Avec l'organisation des élections en Afrique, on constate un élargissement de l'offre électorale comparativement aux élections organisées dans le cadre du parti unique. Cet élargissement est issu du processus de démocratisation qui favorise l'entrée en scène de nouveaux acteurs dans la conquête des trophées politiques. Dans cette deuxième partie, nous prendront pour cadre d'analyse les réactions postélectorales.

La violence colérique traduit avant tout la mise en échec des mécanismes de contrôle politique et social. L'expression de la violence colérique est traversée par des groupes différents et aux cibles différentes. Le matériel électoral est détruit et le personnel électoral agressé physiquement parce que ces derniers sont considérés comme des « sacrifices » relevant de la purification de l'absence de transparence électorale. Ainsi, pour les tenants de la régularité électorale, les cibles visées sont choisies en fonction des symboles qu'elles représentent. Les mécanismes et les représentations liés à la transparence des élections ont donc joué sur leur affectivité politique et contribué à leur mobilisation, alors que pour les défavorisés et les démunis, les cibles choisies sont liées à leur état d'attraction (les marchandises et les produits de première nécessité), le vandalisme représentant ici un « culte dérisoire rendu au désordre ».

Les violences colériques montrent que lorsque la régularité et la légitimité ne sont pas reconnues par les citoyens et les candidats, les élections peuvent affecter le système politique et conduire des personnes lésées à retirer leur soutien eu régime tout en le transférant à des actions politiques radicales.

En s'attachant donc aux normes procédurales, ces citoyens ne remettent pas en cause le soutien qu'ils accordent au régime. En effet, l'analyse des réactions postélectorales relève  que les citoyens manifestaient d'abord pour espérer une reprise des élections. Dans ce cas les manifestations de la violence colérique à l'égard du personnel électoral et la destruction du matériel, dans plusieurs pays africains, confirment l'attachement des citoyens à l'organisation d'élections justes et transparentes pouvant conduire à une alternance politique.

Les manifestations colériques doivent être considérées comme la manifestation brutale d'une rupture avec la passivité politique. Elle se distingue de l'apathie politique parce que l'ampleur des manifestations produites autour des élections dans plusieurs circonscriptions nous apparait comme une anomalie. Elles mettent fin à l'acceptation de l'ordre politique ou les populations réfutent les modes d'administration politique qui les ont organisées pendant le parti unique.

Il faut voir dans les comportements protestataires une autre forme d'expression par les citoyens. Comme prise de parole, elle montre les changements intervenus dans les comportements des citoyens et leur perception de la politique. Les marches, les grèves, le boycott des élections, la destruction tant des biens privés et publics que du matériel que du matériel électoral expriment la diversification des ressentiments populaires et le « désenclavement des espaces de compétition » qui permet de rompre avec la passivité des gouvernés. Dans le cadre de la démocratisation, les citoyens n'hésitent pas à employer les voies de l'expression politique qui  s'offrent à eux. En participant, ils s'intègrent aux différentes formes que peut prendre l'expression citoyenne. C'est également pour ces citoyens, comme, comme le remarque P. BRAUD dans son analyse de la violence, un mode d'affirmation politique comme un citoyen.

Les formes de la protestation électorale comme mode d'affirmation politique des citoyens et des acteurs semblent découler d'une volonté de s'engager, surtout une reconnaissance dans le jeu démocratique et de la nécessité de changer les choses.
Pour les jeunes par exemple qui votent pour la première fois, elles constituent un mode d'entrée en politique. Leur présence manifeste dans l'ensemble des mouvements et leur engagement constituent la première étape de leur intégration politique. « Pour ces citoyens, le potentiel protestataire n'est pas négation de la participation mais demande de participation politique ». Ainsi la manifestation, comme pour les autres citoyens, peut apparaitre comme le complément de la participation politique et le prolongement d'une intégration civique.

La littérature sur les mobilisations relève son importance dans l'action politique. Bien que négligée dans l'analyse politique en Afrique ou trop souvent associés à l'ethnicité ou aux ressorts communautaires, l'étude des protestations et de manifestations,  permet de «  réhabiliter l'acteur africain » et d'illustrer les changements politiques en cours. Ces formes d'expression politique observée sur le continent africain se traduisent d'abord pour les citoyens comme une forme d'affirmation politique. Ensuite, leur expression du politique loin d'être passive avec la décompression des systèmes à parti unique ne cantonne plus « la participation politique aux seuls canaux classiques de cette participation (jeu électoral, vie parlementaire) ».

La violence colérique tout comme les manifestations conventionnelles introduisent bien une innovation dans les pratiques citoyennes et les stratégies du pouvoir. Repérable dans plusieurs pays et se répétant durant plusieurs jours, la violence marque un processus de « désenclavement des espaces de confrontation ».  Ainsi, le continuum de la violence qui s'établit entre le lieu du vote et la rue constitue le prolongement de la participation politique des citoyens et un mode d'affranchissement politique. Aussi, les différentes formes de violence expérimentées par les citoyens remplacent les formes d'indocilité et les stratégies de contournement de l'Etat et montrent qu'au-delà  ce l'acte de vote, la protestation violente est une déviance de la participation politique des citoyens.
Si on exclue l'explication qui renvoie à la frustration et à l'expression d'une protestation justifiée par el dénuement social de plusieurs manifestants, la violence apparait donc comme le prolongement d'une participation politique.

En définitive, la manifestation traduit avant tout le désir des acteurs et des citoyens de faire fonctionner les mécanismes démocratiques. Elle ne vise point la contestation du système démocratique, aussi la manifestation a une fonction intégratrice. Pour certaines catégories de la population, la protestation est bien un mode d'entrée en politique et pour d'autres, elle représente une confirmation de leur intégration politique. Tout comme les pratiques civiques, les manifestations peuvent donc concourir au développement de la citoyenneté car elles créent les conditions d'un intérêt ou d'un désintérêt pour la politique. Aussi, comme forme d'expression de la citoyenneté, elles apportent des innovations majeures dans la mesure où les rites civiques comme les manifestations deviennent des formes d'exposition à la démocratie qui relient le citoyen au système politique.

En conclusion, les formes d'invention et de mimétisme que les acteurs se réapproprient dans le quotidien de l'exercice de leur métiers se nourrissent réciproquement l'un et l'autre. Confrontés au défi de répondre aux attentes de leu soutien, les entrepreneurs politiques en formation empruntent à la fois à la modernité, c'est-à-dire aux pratiques démocratiques des sociétés occidentales, et aux formes des rapports sociaux et politiques du parti unique. Comme dans la formation de l'Etat moderne en Afrique, ils se sont réapproprié des manières de faire qu'ils ont investies de leurs codes, de leur représentation e de leurs logiques dans l'exercice de leur métier. Dans cette perspective, le mimétisme est différent de la duplication, car « il suppose non pas une réplication pure et simple d'une technologie, mais son importation associé à une réinterprétation.

Malgré la tendance à reproduire et à importer les usages, les images et les comportements puisés dans d'autres lieux et en d'autres circonstances, les acteurs politiques doivent aussi s'ajuster au nouvel environnement. En effet, le nouvel espace politique dans lequel ils évoluent possède des règles propres qui différent des marchés politiques restreints ou non concurrentiel.

Ces nouvelles règles et la conjoncture qu'elles imposent incitent les entrepreneurs politiques à adapter leurs attitudes et les discours au contexte dans lequel ils sont engagés.


Publié le : 04 / 10 / 2013